Entretiens Du Siècle Court. Marco Lupis
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Quel souvenir avez-vous de ces années, du coup dâÃtat ?
Un souvenir très vague. Jâétais à la maison, et je me rappelle simplement avoir entendu des musiques militaires à la radio. Et puis plein dâhommes, en uniforme, dans les rues. Je nâarrivais pas encore à me rendre compte que, ce jour-là , lâHistoire de mon pays, le Chili, avait subi un coup très durâ¦
Quel âge aviez-vous alors ?
Jâappartenais à la jeunesse socialiste de Concepcion, une petite ville à quelques centaines de kilomètres au sud de Santiago. Je voulais faire des études, me marier, avoir une famille et des enfants⦠Mais tout sâest écroulé. Vite, trop vite. Aujourdâhui, jâarrive à parler de tout cela avec un calme relatif. Mais pendant des années, jâétais incapable de ré-évoquer ces jours-là . Même avec ma familleâ¦
Ils sont venus nous chercher un soir. Il nây avait que mon frère et moi à la maison⦠Jâai été arrêtée (si on peut parler dâarrestation) puis torturée. Pour être sincère, je nâarrive toujours pas à parler de ces humiliations aujourdâhui â¦
Je nâai plus revu mon frère. Plus tard, quand nous avons réussi avec ma famille à nous enfuir à lâétranger, au Mexique, jâai appris que Vicente avait définitivement disparu. Je me souviens comme dâune angoisse terrible de savoir quâil était peut-être encore vivant, quelque part, et que moi jâétais là , à des milliers de kilomètres, sans pouvoir rentrer au Chili, sans pouvoir le chercher, lâaider.
Câest à cette époque que vous avez eu lâidée de fonder cette association ?
Oui. Nous étions nombreuses, exilées au Mexique, à avoir des membres de nos familles que la dictature de Pinochet avait fait disparaître. Nous organisions des défilés dans les rues. Une arme bien faible, contre une dictature aussi féroce, mais au moins les gens ont commencé à sâintéresser à nous. Ils ont commencé à savoir.
Quand avez-vous pu rentrer au Chili ?
Il a fallu quinze ans. Et, aujourdâhui encore, je me sens exilée. Une exilée dans mon propre pays.
Quâavez-vous pu apprendre sur le sort de votre frère ?
Presque rien. Juste quâil a été déporté dans un centre de détention clandestin, un centre de torture, qui sâappelait Cuartel Borgoño et qui nâexiste plus aujourdâhui. Ils ont tout détruit au bulldozer, pour faire disparaître les traces, et les preuves.
Croyez-vous que lâon puisse attribuer toute la responsabilité à Pinochet ?
Non. Et câest le côté incroyable du Chili. Dans les archives des tribunaux, il y au moins une trentaine de procédures judiciaires ouvertes contre des généraux, des colonels, des politiques et de simples âouvriersâ de la mort, qui se sont rendus coupables de torture, dâassassinats et de violences de tout type. Mais le côté absurde de mon pays est que tout le monde sait que trois mille personnes au moins ont disparu dans le néant, alors que les tribunaux ne reconnaissent la disparition avérée que de onze dâentre elles. Câest comme si un pays tout entier savait, mais tournait la tête de lâautre côtéâ¦
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