L'Holocauste: Roman Contemporain. Ernest La Jeunesse

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L'Holocauste: Roman Contemporain - Ernest La Jeunesse

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aurais tort: c'est toi qui ne sais pas.

      Quand je t'ai aimée, tu faisais avec tes vêtements un tout harmonieux et harmonique.

      Tu avais une robe et tu avais besoin d'une robe. Car la femme n'est pas une statue, la femme n'est pas une académie.

      Je t'ai aimée comme on aime une reine lointaine, je t'ai prêté l'escorte des siècles, les escadrons de toutes les épopées et les couronnes fermées qui sommeillent dans des cimetières de bruyères.

      Je t'ai aimée comme une fée, une fée qui a une robe de lune, une robe de soleil, une robe d'or, une robe d'argent et une robe couleur du temps, je t'ai aimée comme Ophélie qui a une robe blanche, comme Desdémone qui a une robe noire, comme Portia qui a une robe de feu, je t'ai aimée comme sainte Blandine qui a une robe de sang et comme Iphigénie qui a une robe de larmes: tu as passé, tu es restée toute vêtue et en robe à longue traîne en mes méditations, tu as été la grande dame, la dame de mes pensées et voici que, pour le sacrifice, tu renonces à tes bandelettes de victime, que tu renonces à tes voiles, à tes parures.

      Je n'aurai pas le courage de t'arrêter: tu ne comprendrais pas.

      Je n'ai pas le courage de te remettre ton chapeau, de me rendre ma chimère.

      D'ailleurs quand ai-je vécu conformément à mon rêve? Quand ai-je eu ce que je voulais, tout ce que je voulais?

      Et ça me va bien de me plaindre: on me donne plus que je ne voulais!

      C'est peut-être ça.

      Et puis il n'y a pas que moi dans l'aventure, dans l'idylle, dans le conte.

      Nous sommes deux.

      Tu m'aimes, chérie, après tout, avant tout. Tu as des subtilités, toi aussi et de si absurdes, de si radieuses délicatesses! Tu as cherché ce qui pouvait me faire plaisir, la preuve à me donner de ta foi, de ta bonne foi.

      Et tu as trouvé.

      Tu t'es trouvée.

      Tu te donnes. C'est ce que tu as de meilleur en toi: c'est tout toi.

      Je plaisante encore avec moi, pour étouffer mes sanglots intimes et mon attendrissement.

      C'est que je t'aime plus que jamais, c'est que je t'admire d'être si simple, d'être si humble. Pour que tu ne t'aperçoives pas de mon émoi, je me dépouille moi aussi de ma livrée de philosophe, de ma livrée de pessimiste: je serai nu avant toi, chérie.

      Tiens! je suis nu.

      Et tu es nue aussi, chérie.

      Je te considère du lit où je me suis réfugié pour ne plus te rencontrer. Tu ne t'y blottis pas encore. Tu as des cordons à ôter, tu as surtout à t'offrir, malgré toi, à mon admiration.

      Ah! que je t'admire! Je t'admire de ne plus te reconnaître.

      C'est toi, ce corps ferme, altier, c'est toi ces hanches, c'est toi, ces jambes nerveuses! C'est un nouvel être qui se penche, les jambes libres, ce n'est pas la femme de naguère: les femmes n'ont pas de jambes.

      Tu as la finesse et la grâce, la vivacité d'un jeune animal, d'un faon divin. Tu as de la majesté et de la force et la lumière brutale de la lampe t'impose je ne sais quelle brutalité. Viens, viens—que je ne te voie plus!

      Tu ne viens pas.

      La lumière de la lampe tombe sur ta figure. C'est toujours ta bouche lente et rose, ton nez long, droit, d'une courbe secrète et ce sont tes yeux songeurs et moqueurs, tes yeux de dédain et de ciel, qui savent être bruns et pâles et c'est cette énigme de tes sourcils sombres sous tes cheveux blonds.

      Chérie, chérie, voici que la lumière de la lampe court sur tes cheveux et qu'elle les incendie de ses remous changeants.

      Elle ne les incendie pas. Rien ne pourrait incendier, rien ne pourrait varier ta blondeur étrange, comme poudrée et métallisée, ta blondeur bleue et grise, ta blondeur d'aube et de crépuscule. Les passants te trouvent châtain mais c'est un mot si vite dit!

      Tu es blonde, plus blonde, autrement blonde que le reste du monde: oui, je te reconnais maintenant, c'est bien toi, ce sont tes cheveux, tes cheveux dont je me suis enveloppé dans mes insomnies, la Toison d'or, la toison mauve de toutes mes entreprises contre les monstres, le drapeau de mes héroïsmes, la bannière de mon royaume!

      Apporte-moi tes cheveux, donne-moi ta main: tu es bonne, tu m'aimes. Je serai bon et je t'aimerai.

      Et je serai toujours très petit garçon avec toi parce que tu te donnes à moi aujourd'hui: c'est bien, c'est beau; c'est la plus touchante des actions; je ne te ferai jamais de peine.

      J'ai une grosse envie de pleurer, de pleurer sur mes désespoirs qui m'ont corseté si longtemps d'un corset de fer, de pleurer sur mes jeunes ans qui ne t'ont pas connue, de pleurer sur le monde: c'est le bonheur, vois-tu, le bonheur auquel je me confie, qui va m'emporter à la rive et me noyer en son immensité. Je voudrais tes larmes avec les miennes, mais je ne puis te supplier de pleurer: je ne pleurerai donc pas. Et je ne puis pleurer.

      Une ivresse me prend, une ivresse de brute: mes mains âprement saisissent ton corps, ton corps ignoré, mon cœur veut rapidement t'apprendre par cœur—et mon âme...

      Ah! veux-tu, ne parlons pas de mon âme! Laissons nos âmes où elles sont, très loin, pas aussi loin qu'elles le désireraient, convulsées, hagardes, terrifiées devant la frénésie de nos corps! Ah! ah! nos pauvres âmes ne nous savaient pas les jolies brutes que nous sommes. Elles ne nous méprisent pas, non, chérie, elles ne nous méprisent pas, elles ne peuvent pas nous mépriser mais elles nous trouvent un peu violents, un peu avides, d'un tel appétit et nous ruant vers quelles voluptés! Consolez-vous, petites âmes, nous vous reviendrons quand nous serons las et nous vous demanderons votre petite chanson, votre berceuse et votre chant grave aussi, vers les étoiles.

      Et vraiment que nos corps s'ébattent! Est-ce qu'ils nous en demandent même la permission?

      Ah! chérie, ne me demande pas, toi, de te détailler nos courbes et les chaos variés où nous nous perdons tous les deux. Les sursauts, les râles, les petits cris, les petits soupirs, les baisers qui montent et qui descendent, les morsures... Soyons des brutes, des brutes. Ah! chérie, je ne puis même pas te demander pardon de te mordre: je te mords très naturellement et j'ai un rugissement de lion timide, un rugissement qui s'étrangle et qui dure, le ricanement d'une bête sur sa proie et je te pétris pour te faire plus mienne et je m'irrite sur ta chair, ta chair qui fait grincer ma bouche, qui soufflette ma chair de sa fuyance, de son retour, d'un mouvement incessant de recul, d'approche, de son électricité, de sa lenteur, de son abandon et de sa révolte.

      Les mots m'ont laissé là et toi aussi.

      Une seule phrase nous tient et nous balance en son infini «je t'aime... je t'aime...» et cette phrase n'a plus rien d'humain, onomatopée, c'est un cri de bête «je t'aime... je t'aime...»

      Ta main erre sur ma joue comme la main d'une petite sœur sur la joue d'un petit frère, plus petit, et je m'enivre à blesser ma paupière de la ténuité aiguë et soyeuse de tes cils.

      Aime-moi, aime-moi, petite sœur...

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