Les Néo-Ruraux Tome 1: Le Berger. Wolfgang Bendick

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Les Néo-Ruraux Tome 1: Le Berger - Wolfgang Bendick Les Néo-Ruraux

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les nuits de pleine lune, je marchais vers le versant en face et appuyé contre un arbre je regardais notre ferme planer dans la lumière de la lune. Dans ces moments je me sentais plus qu’heureux, indemnisé des peines de la journée, et j’étais prêt à en supporter d’autres. Le bonheur souvent n’est qu’un état éphémère. Pour le rendre plus durable il faut payer le prix, nommé labeur.

      *

      Deux fois par semaine une bétaillère avec des étalons remontait la vallée et s’arrêtait si besoin. C’étaient des animaux du haras de l’armée de Tarbes, qui avait une succursale à St. Girons. On pouvait aussi y mettre une jument en pension. Là elle était présentée une fois par jour à un étalon tant qu’elle était en chaleur. Mais ça coûtait assez cher. Quand nous descendîmes en ville, nous visitâmes le haras afin de voir le choix des étalons, connaître les prix et les jours où le camion montait dans notre vallée. L’édifice se trouvait en bordure de la ville. Déjà de loin on sentait l’odeur sucrée du cheval. L’intérieur était constitué d’une grande halle couverte de sciure, dont les ailes étaient équipées de nombreux boxes aux séparations élevées. D’un côté étaient logés les étalons, des animaux magnifiques et fiers, s’ébrouant excités ou hennissant dans des tonalités les plus variées. Un tableau au mur indiquait leur nom, race et dates. De l’autre côté se trouvaient les pensionnaires, les juments à saillir.

      Dans la halle se trouvaient différentes barrières en bois, qui avaient l’air d’être solides, presque de la hauteur d’un cheval, dont deux étaient alignées face à face comme un couloir. Un propriétaire amena sa jument. Elle était très excitée. Il la conduisit, sur instructions, dans le couloir en la tenant court. Un employé en uniforme du haras, amena un étalon. Celui-ci sautillait d’excitation, s’ébrouait, et sans doute se réjouissait d’avance en approchant la jument, qui était entre les cloisons, par le côté. Il renifla le derrière de la jument et posa sa tête sur son dos. Plus vite qu’on ne pouvait le voir, la jument avait soulevé son derrière et rué en hennissant de colère. Indigné l’étalon se retira. Alors c’était pour rien ! « Mais attendons la prochaine fois ! », semblait-il penser. Soit la jument était pleine ou pas encore bien en chaleur, ce qui se produisait tous les 21 à 23 jours. Les chaleurs, la période pendant laquelle la jument peut être fertilisée, durent 5 à 7 jours. Avec plus de chances vers la fin de cette période.

      La jument fut ramenée dans son box et une autre prit sa place. L’étalon recommença ses avances. Rien ne se passait. Alors le propriétaire guida sa jument devant l’une des barrières simples et se positionna derrière en tenant l’animal court. L’étalon s’approcha, tirant sa longe, son « machin » partiellement sorti. Et puis il cabra sa masse de presque une tonne et la posa sur le dos de la jument, pendant que son énorme pénis tacheté cherchait impatiemment son but. Un autre homme en uniforme s’approcha de côté, saisit la queue de la femelle et aida la flèche à trouver son point de mire. Un taureau est toujours pressé, l’étalon prend son temps. Une fois à l’intérieur il bougeait lentement et bien en rythme, comme s’il voulait atteindre le paroxysme le plus tard possible ! Puis il se relâcha et resta appuyé comme épuisé sur le dos de sa bien-aimée. Puis, doucement il se laissa glisser en arrière, son membre encore tressaillant dégaina en laissant s’échapper un reste de sperme et de glaire pendant que la jument restait immobile, les jambes écartées. Quel spectacle ! Lentement l’étalon suivit l’employé vers son box…

      Lundi et jeudi étaient les jours de passage du camion dans notre vallée. Vers 15 heures, en fonction du nombre de saillies que les étalons devraient effectuer. Les étalons correspondants aux besoins des éleveurs se trouvaient dans le camion. Parfois c’était la grande bétaillère, souvent la petite, pouvant contenir deux mâles. Lorsque le véhicule s’arrêtait, ils s’impatientaient et commençaient à taper avec leurs sabots contre les parois renforcées. Quand la rampe descendait et la porte s’ouvrait, ils sortaient en reculant, leur membre déjà sorti en attente de ce qui allait arriver. Ils devaient faire attention à ne pas mettre un pied dessus ! Ici, n’ayant pas de barrières, l’homme du haras devait être très prudent afin de ne pas récolter une ruade si la jument n’était pas en chaleur, ni son étalon un sabot dans le pif. C’était pourquoi il fallait garder la longe longue et le mâle à distance, au moins au départ. Moi aussi, je devais être sacrément prudent, retenant notre jument et l’empêchant d’avancer afin de ne pas gêner l’étalon pour faire son devoir. Au-dessus de moi le cheval se cabrait et ses sabots de la taille d’une assiette s’approchaient tout près. Ça demandait beaucoup de concentration et de force. Mais secrètement je l’enviais, les badauds aussi. Le passage de la bétaillère du haras se transformait parfois en un peep-show en plein air, ici dans les fonds de vallée où la réception de la télé n’était pas possible.

      *

      Par Inter-rail, Claudia, une fille de Lindau vint nous rendre visite. Elle voulait nous aider pendant 15 jours et voir les Pyrénées. Elle avait deux chevaux à la maison et pouvait nous montrer pas mal de trucs. Ensemble nous regardâmes les pieds de Calina, qui, malgré le travail dans les prés avaient bien poussés et s’étaient fendus au bord. D’abord il fallut nettoyer l’intérieur des sabots avec le cure pied. Il faut faire ceci avant chaque travail ! Avec une massette et une lame bien tranchante nous raccourcîmes les parois en corrigeant légèrement l’angle d’appui du sabot. La sole étant en bon état, nous ne la touchâmes pas. Calina se laissait faire, elle donna même volontiers les postérieurs car nous l’avions exercé maintes fois. Au travail, quand elle mettait un pied à l’extérieur des chaînes de traction, il fallait souvent le libérer. Il suffisait de dire « donne le pied ! » et de le toucher légèrement et elle le levait. Puis, à l’aide du couteau courbé, nous coupâmes la fourchette (l’intérieur du sabot en forme de pointe de flèche) en plusieurs passages. Là, la corne était molle et se laissait enlever facilement. Une odeur de corne flottait dans l’air, me rappelant les visites chez le maréchal-ferrant étant petit. La corne était un peu effrangée, sans doute à cause des cailloux et nous la réduisîmes en plusieurs fois, afin de ne pas arriver trop en profondeur. La couleur de la corne indiquait jusqu’où on pouvait aller. A l’apparition des vaisseaux fins, il fallait arrêter. La jument se laissa faire. De temps en temps, surtout quand nous touchions les sabots postérieurs, les enfants lui tenaient un quignon de pain devant les lèvres de velours. Afin de ne pas abuser de sa patience, nous fîmes le parage en deux fois. Ainsi elle pouvait récupérer entre-temps (et notre dos aussi). En parant la fourchette l’odeur était la plus forte. Il y avait un peu d’humidité, mais le pied était sain. Le poulain devint un peu énervant au bout d’un certain temps et nous poussait afin de téter. Il était évident qu’on devrait le sevrer sous peu, car au plus tard à la Toussaint, à la grande foire aux chevaux, nous voulions le vendre. A la fin nous donnâmes quelques coups de râpe sur la surface du sabot et arrondîmes les bords de la paroi. Quand tout fut fini et que la jument se trouvait sur une surface plane nous fîmes un dernier tour. Les quatre sabots étaient pareils et dans le bon angle !

      Pendant son temps libre, notre copine découvrait les différentes vallées en autostop, grimpait sur quelques montagnes avec Doris et les enfants et passait de bons moments. Sauf une fois. Mais j’appris cela plus tard, et pas d’elle. Un chauffeur essaya de la draguer. Quand dans son désespoir elle dit : « Je vais le dire à Wolfi ! », l’autre la laissa tranquille, s’excusa même et la conduisit jusqu’au village. Elle dût lui promettre de ne rien me dire. Je ne l’appris que plus tard par Doris.

      Pendant que Claudia était encore là nous en profitâmes tous les quatre et partîmes tôt un matin nous baigner dans la Méditerranée. Les vaches et les chèvres faisaient si peu de lait qu’on pouvait sauter une traite ! Il faisait encore nuit quand nous partîmes. A l’aube nous étions à St. Girons. Les enfants excités n’arrivaient plus à dormir. En passant par Foix et Lavelanet nous arrivâmes à Quillan, d’où la route suivait une rivière verte à travers de gorges sauvages. En face, quasiment

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