La vie infernale. Emile Gaboriau

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La vie infernale - Emile Gaboriau

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nuit, à l’hôtel de Mme d’A… une vieille étoile de première grandeur.

      «Une vingtaine de gentilshommes haut titrés et très-rentés s’entretenaient en joie et santé, grâce aux émotions d’un bac des plus corsés, quand on crut remarquer que M. X… gagnait extraordinairement.

      «Surveillé, ledit X… fut pris la main dans le sac, au moment où avec une rare dextérité il coulait parmi les cartes une triomphante portée.

      «Accablé par l’évidence, il se laissa fouiller et rendit sans trop de mauvaise grâce le fruit du travail de ses mains, deux mille louis environ.

      «L’étrange de ce scandale, c’est que M. X… qui est avocat, jouit au Palais d’une grande réputation d’austérité et d’intégrité. Et malheureusement cette… espièglerie ne saurait être attribuée à une minute de vertige, le fait des cartes préparées constitue une préméditation au premier chef.

      «Un qui n’était pas content, c’était le vicomte de C… qui avait présenté M. X… Aussi a-t-il relevé trop vivement un propos inoffensif de M. de R… Au petit jour, ces messieurs parlaient de croiser le fer ailleurs.

      «DERNIÈRES NOUVELLES. – Nous apprenons, au moment de mettre sous presse, qu’une rencontre a eu lieu entre M. de R… et de C… M. de R… a reçu un coup d’épée au côté, mais son état n’inspire aucune inquiétude…»

      Le journal s’échappa des mains de Pascal. Son visage était plus décomposé que s’il eût vidé une coupe de poison.

      – C’est une infâme calomnie, fit-il d’une voix étranglée, je suis innocent, je le jure sur l’honneur!..

      L’autre détourna la tête, mais non si vivement que Pascal ne pût lire dans ses yeux l’expression d’un atroce mépris.

      Alors il se sentit condamné, il eut le sentiment de l’irrévocable, il jugea qu’il n’était plus d’espoir.

      – Je sais ce qui me reste à faire!.. murmura-t-il.

      Dartelle aussitôt se retourna; des larmes brillaient entre ses cils.

      Il prit les mains de Pascal et les serra avec une douloureuse effusion, comme on fait à un ami qui va mourir…

      – Courage!.. murmura-t-il.

      Pascal sortit comme un fou.

      – C’est cela, se répétait-il, en courant le long du boulevard Saint-Michel, il n’y a plus que cela.

      Arrivé chez lui, il s’enferma à double tour dans son cabinet, et écrivit deux lettres, l’une à sa mère, l’autre au bâtonnier de l’ordre des avocats…

      Après un moment de réflexion, il en commença une troisième, mais il la déchira en menus morceaux avant de l’avoir achevée.

      Et alors, avec cette précision rapide du parti pris, il tira d’un tiroir de son bureau un revolver et une boîte de cartouches.

      – Pauvre mère! murmurait-il, elle en mourra… mais elle mourrait de l’autre chose aussi… Mieux vaut abréger l’agonie.

      Ce que Pascal ne pouvait soupçonner, c’est qu’en ce moment suprême, pas un de ses gestes, pas un des tressaillements de son visage n’échappaient à cette mère dont il balbutiait le nom.

      Depuis que son fils l’avait quittée pour courir au Palais, la pauvre femme ne vivait plus, écrasée qu’elle était par la certitude de quelque grand malheur.

      Quand elle entendit Pascal rentrer et s’enfermer dans son cabinet, ce qu’il ne faisait jamais, un pressentiment sinistre comme un glas de mort traversa son esprit.

      Emportée par un mouvement instinctif, elle courut à la porte qui donnait de la chambre dans le cabinet du son fils, et dont les panneaux supérieurs étaient remplacés par des glaces.

      Le verre était dépoli en grande partie par des dessins; néanmoins, avec un peu d’application, on distinguait d’une pièce ce qui se passait dans l’autre.

      Voyant Pascal s’asseoir à son bureau et se mettre à écrire, Mme Férailleur s’était sentie un peu rassurée, et même elle eut envie de s’éloigner. Un sentiment indéfinissable, plus fort que la volonté et le raisonnement, la cloua à sa place…

      Peu d’instants après elle vit un revolver aux mains de son fils, et alors elle comprit. Tout son sang se glaça dans ses veines, et cependant elle eut sur elle-même assez de puissance pour retenir un cri de terreur.

      C’est que le danger était extrême, imminent, terrible; elle le sentait…

      Son cœur, à défaut de sa raison égarée, lui disait que la vie de son fils dépendait de la plus insignifiante circonstance… Le bruit le plus léger, un mot, un coup frappé à la porte, pouvaient précipiter la fatale résolution de l’infortuné.

      Une inspiration du ciel éclaira la pauvre mère.

      La porte était à deux battants, et les barres se trouvaient du côté de Mme Férailleur. Elle les tira avec précaution, puis brusquement, d’un seul coup, elle poussa la porte, se précipita dans le cabinet, et bondit jusqu’à son fils, qu’elle entoura de ses bras…

      – Pascal!.. malheureux!.. Qu’allais-tu faire!..

      Lui fut si surpris que son arme lui échappa et qu’il s’affaissa sur son fauteuil… L’idée ne lui venait pas de nier, et d’ailleurs prononcer une parole lui eût été impossible.

      Mais il y avait sur son bureau adressée à sa mère, une lettre qui devait parler de lui.

      Mme Férailleur la prit, brisa le cachet et lut:

      «Pardonne-moi… je vais mourir, il le faut; je ne saurais me résigner à vivre déshonoré et je le suis…»

      – Déshonoré!.. toi!.. s’écria la malheureuse mère. Qu’est-ce que cela signifie, mon Dieu!.. Parle, je t’en conjure, dis-moi tout, il le faut, je te l’ordonne… je le veux!

      Peu à peu, il se remettait à ces accents si tendres et si impérieux à la fois, et d’une voix morne, il raconta la terrifiante succession des événements qui l’accablaient.

      Il n’omettait pas un détail, exagérant, s’il est possible, plutôt que palliant l’horreur de sa situation. Soit qu’il ressentît une atroce satisfaction à se prouver à lui-même que tout était désespéré, soit qu’il crût pouvoir amener sa mère à lui dire:

      – Oui, tu as raison, et la mort est ton seul refuge…

      Elle l’écoutait pétrifiée, la pupille dilatée par la stupeur et l’épouvante, incertaine si elle veillait ou si elle était le jouet de quelque épouvantable cauchemar. Car c’était là une de ces catastrophes inouïes qui s’écartent tellement du cercle des prévisions et des probabilités, que son entendement pouvait à peine la concevoir et l’admettre.

      Mais elle ne doutait pas, elle, si les amis avaient douté.

      C’est si son fils lui eût dit qu’il avait volé au jeu, qu’elle eût refusé de le croire.

      Lorsqu’il eut terminé:

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