La vie infernale. Emile Gaboriau

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La vie infernale - Emile Gaboriau

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juge, d’une voix forte dit:

      – Un mot de plus et je fais évacuer la chambre.

      On se tut, avec un sourd grondement; mais les regards et les gestes avaient une éloquence à laquelle il était impossible de se méprendre. Tous les yeux étaient rivés sur Mlle Marguerite avec une expression farouche où se confondaient la haine présente et les rancunes du passé…

      Elle ne le voyait que trop, l’infortunée, mais sublime d’énergie, elle demeurait le front haut en face de cet orage, dédaignant de répondre à de si viles imputations.

      Mais elle avait là, près d’elle, un protecteur: le juge.

      – Si des valeurs ont été détournées de la succession, reprit-il, le coupable sera recherché et découvert… Cependant il faut s’expliquer: qui a dit que Mlle Marguerite a eu à sa disposition la clef du secrétaire?..

      – Moi!.. répondit un valet de pied. J’étais dans la salle à manger hier matin, quand M. le comte la lui a remise.

      – Pourquoi la lui confiait-il?

      – Pour venir chercher cette fiole, qui est là, je la reconnais, et qu’elle lui a descendue.

      – Lui a-t-elle rendu la clef?

      – Oui, monsieur, en même temps que la fiole, et il l’a mise dans sa poche.

      Le magistrat désigna du doigt le flacon déposé sur la tablette.

      – C’est donc le comte qui l’a rapporté là, dit-il, cela ressort des explications. Donc, si on eût enlevé les valeurs, en faisant la commission, il s’en fût aperçu.

      Il n’y avait rien à répondre à cette objection si simple, qui était en même temps une éclatante justification.

      – Et d’ailleurs, poursuivit le juge, qui vous a révélé qu’une somme immense se trouvait dans le secrétaire?.. Le saviez-vous?.. Qui de vous le savait?..

      Personne ne répondit, et, sans paraître remarquer les regards de reconnaissance que lui adressait Mlle Marguerite, il dit encore d’un ton sévère:

      – Ce n’est pas une preuve d’honnêteté, que de se montrer si accessible que cela aux plus vagues soupçons… N’était-il pas plus simple de réfléchir que le défunt peut avoir changé ses valeurs de place, et qu’elles se retrouveront!

      Moins que le juge encore, le greffier avait été ému. Lui aussi, il était blasé, et jusqu’à l’écœurement, sur ces drames effroyables et honteux qui se jouent au chevet des morts. S’il avait accordé un coup d’œil au secrétaire, c’est qu’il lui avait paru curieux de juger en quel étroit espace peuvent tenir deux millions. Et aussitôt après, il s’était mis à supputer combien d’années il lui faudrait rester titulaire d’un greffe de justice de paix avant de réunir ce fantastique capital.

      Entendant le juge déclarer qu’il allait poursuivre la recherche du testament annoncé par Mme Léon, et en même temps des valeurs, il abandonna son calcul.

      – Alors, monsieur, demanda-t-il, je puis commencer ma rédaction?

      – Oui, répondit le juge, écrivez.

      Et d’une voix sans inflexions, il se mit à dicter, encore que l’autre n’en eût pas besoin, les formules consacrées:

      «Et le 16 octobre 186… à neuf heures du matin;

      «En exécution de notre ordonnance qui précède, rendue à la requête des gens au service de défunt Louis-Henri-Raymond de Durtal, comte de Chalusse, dans l’intérêt des héritiers présomptifs absents et de tous autres qu’il appartiendra, vu les articles 819 (Code Napoléon) et 909 (Code de procédure);

      «Nous, juge de paix susdit, assisté du greffier,

      «Nous sommes transportés en la demeure dudit défunt, rue de Courcelles, où, étant arrivés et entrés, dans une chambre à coucher, éclairée sur la cour par deux fenêtres au midi, nous avons trouvé le corps dudit défunt gisant sur son lit, recouvert d’un drap…

      «Dans cette chambre étaient présents…»

      Il s’interrompit, et s’adressant au greffier:

      – Prenez les noms de tout le monde, dit-il, ce sera long, et je vais pendant ce temps continuer les perquisitions.

      On n’avait, en effet, en vue que la tablette du secrétaire, et les tiroirs restaient à examiner.

      Dès le premier qu’il ouvrit, le juge put reconnaître l’exactitude des renseignements qui lui avaient été fournis par Mlle Marguerite.

      Il y prit connaissance de la grosse d’un acte, lequel établissait que M. de Chalusse avait emprunté au Crédit foncier huit cent cinquante mille francs. Cette somme lui avait été versée le samedi qui avait précédé sa mort.

      Au-dessous de cet acte, était un bordereau d’agent de change, signé Pellé, constatant que le comte avait fait vendre à la Bourse des titres de plusieurs sortes, rentes et actions, dont le montant s’était élevé à quatorze cent vingt-trois mille francs, qui lui avaient été remis l’avant-veille, c’est-à-dire le mardi, partie en billets de banque, et partie en bons sur «divers.»

      C’était donc une somme totale de deux millions deux cent soixante-treize mille francs que M. de Chalusse avait reçue depuis six jours…

      Dans un tiroir qu’on ouvrit ensuite, on ne découvrit rien que des titres de propriété, des baux et des liasses d’actions qui attestaient que la rumeur publique avait diminué plutôt qu’exagéré les immenses revenus du comte, mais qui rendaient difficile à expliquer l’emprunt qu’il avait contracté.

      Un dernier tiroir renfermait vingt-huit mille francs en rouleaux de pièces de vingt francs.

      Enfin, dans une cachette, pratiquée entre les compartiments et dont le magistrat sut faire jouer le secret, il trouva un paquet de lettres jaunies, liées par un large velours bleu, trois ou quatre bouquets desséchés, et un gant de femme qui avait été porté par une main d’une merveilleuse petitesse.

      C’étaient là, évidemment, les froides reliques de quelque grand amour éteint depuis bien des années, et le magistrat les examina un moment avec un soupir…

      Même son attention l’empêcha de remarquer le trouble de Mlle Marguerite… A la vue de ces souvenirs du passé du comte, soudainement exhumés, elle avait été près de défaillir…

      Cependant l’examen du secrétaire était terminé, et le greffier avait enregistré le nom et les prénoms de tous les domestiques.

      – Je vais, reprit à haute voix le juge, procéder à l’apposition des scellés… Mais avant je distrairai une portion de l’argent qui se trouve dans ce meuble, pour les dépenses de l’hôtel, jusqu’à ce que le tribunal ait statué. Qui s’en chargera?

      – Oh! pas moi… s’écria Mme Léon.

      – Je m’en chargerai volontiers, fit M. Casimir.

      – Voici donc huit mille francs, dont vous aurez à rendre compte…

      M.

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