LUPIN - Les aventures du gentleman-cambrioleur. Морис Леблан
Чтение книги онлайн.
Читать онлайн книгу LUPIN - Les aventures du gentleman-cambrioleur - Морис Леблан страница 194

Et il ajouta, en songeant au malheureux mutilé qu’il avait ébloui de ses promesses :
– Seulement, il y a un seulement, j’ignore tout à fait ce qu’était ce Pierre Leduc dont j’ai octroyé généreusement la place à ce bon jeune homme. Et ça, c’est embêtant… Car, enfin, rien ne me prouve que Pierre Leduc n’était pas le fils d’un charcutier !
4
M. Lenormand à l’ouvrage
– 1 –
Le 31 mai, au matin, tous les journaux rappelaient que Lupin, dans une lettre écrite à M. Lenormand, avait annoncé pour cette date l’évasion de l’huissier Jérôme.
Et l’un d’eux résumait fort bien la situation à ce jour :
« L’affreux carnage du Palace-Hôtel remonte au 17 avril. Qu’a-t-on découvert depuis ? Rien.
« On avait trois indices : l’étui à cigarettes, les lettres L et M, le paquet de vêtements oublié dans le bureau de l’hôtel. Quel profit en a-t-on tiré ? Aucun.
« On soupçonne, paraît-il, un des voyageurs qui habitaient le premier étage, et dont la disparition semble suspecte. L’a-t-on retrouvé ? A-t-on établi son identité ? Non.
« Donc, le drame est aussi mystérieux qu’à la première heure, les ténèbres aussi épaisses.
« Pour compléter ce tableau, on nous assure qu’il y aurait désaccord entre le préfet de Police et son subordonné M. Lenormand, et que celui-ci, moins vigoureusement soutenu par le président du Conseil, aurait virtuellement donné sa démission depuis plusieurs jours. L’affaire Kesselbach serait poursuivie par le sous-chef de la Sûreté, M. Weber, l’ennemi personnel de M. Lenormand.
« Bref, c’est le désordre, l’anarchie.
« En face, Lupin, c’est-à-dire la méthode, l’énergie, l’esprit de suite.
« Notre conclusion ? Elle sera brève. Lupin enlèvera son complice aujourd’hui, 31 mai, ainsi qu’il l’a prédit. »
Cette conclusion, que l’on retrouvait dans toutes les autres feuilles, c’était celle également que le public avait adoptée. Et il faut croire que la menace n’avait pas été non plus sans porter en haut lieu, car le préfet de Police, et, en l’absence de M. Lenormand, soi-disant malade, le sous-chef de la Sûreté, M. Weber, avaient pris les mesures les plus rigoureuses, tant au Palais de Justice qu’à la prison de la Santé où se trouvait le prévenu.
Par pudeur on n’osa point suspendre, ce jour-là, les interrogatoires quotidiens de M. Formerie, mais, de la prison au boulevard du Palais, une véritable mobilisation de forces de police gardait les rues du parcours.
Au grand étonnement de tous, le 31 mai se passa et l’évasion annoncée n’eut pas lieu.
Il y eut bien quelque chose, un commencement d’exécution qui se traduisit par un embarras de tramways, d’omnibus et de camions au passage de la voiture cellulaire, et le bris inexplicable d’une des roues de cette voiture. Mais la tentative ne se précisa point davantage.
C’était donc l’échec. Le public en fut presque déçu, et la police triompha bruyamment.
Or, le lendemain, samedi, un bruit incroyable se répandit dans le Palais, courut dans les bureaux de rédaction : l’huissier Jérôme avait disparu.
était-ce possible ?
Bien que les éditions spéciales confirmassent la nouvelle, on se refusait à l’admettre. Mais, à six heures, une note publiée par la Dépêche du Soir la rendit officielle :
Nous recevons la communication suivante signée d’Arsène Lupin. Le timbre spécial qui s’y trouve apposé, conformément à la circulaire que Lupin adressait dernièrement à la presse, nous certifie l’authenticité du document.
« Monsieur le Directeur,
« Veuillez m’excuser auprès du public de n’avoir point tenu ma parole hier. Au dernier moment, je me suis aperçu que le 31 mai tombait un vendredi ! Pouvais-je, un vendredi, rendre la liberté à mon ami ? Je n’ai pas cru devoir assumer une telle responsabilité.
« Je m’excuse aussi de ne point donner ici, avec ma franchise habituelle, des explications sur la façon dont ce petit événement s’est effectué. Mon procédé est tellement ingénieux et tellement simple que je craindrais, en le dévoilant, que tous les malfaiteurs ne s’en inspirassent. Quel étonnement le jour où il me sera permis de parler ! C’est tout cela, dira-t-on ? Pas davantage, mais il fallait y penser.
« Je vous prie d’agréer, monsieur le Directeur…
« Signé : ARSÈNE LUPIN. »
Une heure après, M. Lenormand recevait un coup de téléphone : Valenglay, le président du Conseil, le demandait au ministère de l’Intérieur.
– Quelle bonne mine vous avez, mon cher Lenormand ! Et moi qui vous croyais malade et qui n’osais pas vous déranger !
– Je ne suis pas malade, monsieur le Président.
– Alors, cette absence, c’était par bouderie !… Toujours ce mauvais caractère.
– Que j’aie mauvais caractère, monsieur le Président, je le confesse… mais que je boude, non.
– Mais vous restez chez vous ! Et Lupin en profite pour donner la clef des champs à ses amis…
– Pouvais-je l’en empêcher ?
– Comment ! Mais la ruse de Lupin est grossière. Selon son procédé habituel, il a annoncé la date de l’évasion, tout le monde y a cru, un semblant de tentative a été esquissé, l’évasion ne s’est pas produite, et le lendemain, quand personne n’y pense plus, pffft, les oiseaux s’envolent.
– Monsieur le Président, dit gravement le chef de la Sûreté, Lupin dispose de moyens tels que nous ne sommes pas en mesure d’empêcher ce qu’il a décidé. L’évasion était certaine, mathématique. J’ai préféré passer la main… et laisser le ridicule aux autres.
Valenglay ricana :
– Il est de fait que M. le préfet de Police, à l’heure actuelle, et que M. Weber ne doivent pas se réjouir… Mais enfin, pouvez-vous m’expliquer, Lenormand ?…
– Tout ce qu’on sait, monsieur le Président, c’est que l’évasion s’est produite au Palais de Justice. Le prévenu a été amené dans une voiture cellulaire et conduit dans le cabinet de M. Formerie… mais il n’est pas sorti du Palais de Justice. Et cependant on ne sait ce qu’il est devenu.